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Relation entre parents et professionnels Imprimer Envoyer

Grandes lignes de l’intervention du 24 mai 2008

(Rédigé après coup, mélange de ce que j’avais préparé et de ce qui a été dit)

Carine Maraquin, psychologue clinicienne

Pourquoi cette question pour vous ?

- Parce que depuis la naissance (ou le moment de découverte du handicap ou de la maladie) de votre enfant, sa vie a été technicisée, médicalisée, suivie par d’autres que vous : médecins hospitaliers, libéraux, services de soins à domicile ou lieux de vie (institutions) … ont donné leur avis, orienté votre parcours et celui de votre enfant

Quand on a des difficultés de santé, il est inévitable de se confronter à des professionnels du champ de la santé. C’est utile pour bien se soigner.

- parce que vos relations avec les professionnels ont souvent été marquées de conflits, d’incompréhension, d’insatisfaction => souvent vous avez appris à vous méfier d’eux

Quels problèmes pose ce partenariat ?

Les problèmes n’arrivent que dans certaines situations :

  • quand les professionnels veulent décider des choses qui sont de votre ressort,
  • quand vous êtes en désaccord avec leurs conseils, indications, "injonctions"
  • quand vous trouvez les professionnels démissionnaires dans le projet de votre enfant
  • quand vous êtes face à une personnalité "pathologique"

Une participante ajoute : « quand les professionnels ne nous disent rien »

Quelques clés pour comprendre les professionnels, quand on est parent :

* D’une façon humoristique, j’ai envie de vous dire que ça tient en 3 points :

1- ils se protègent

2- ils se protègent

3- il y a des exceptions

Je m’explique :

  • ils se protègent d’abord de vous parce que souvent ils ont peur de vous (de ce que vous pouvez critiquer dans leur travail, questionner, les obliger à expliquer ou à justifier un acte, peur de vos émotions qu’ils ne sauraient peut-être pas contenir…),
  • ils se protègent aussi d’eux-mêmes (de ce qu’ils ressentent vis-à-vis de votre parcours, du handicap, de votre système familial – peur, compassion, envie, regret…- ils ont peur de dévoiler leurs émotions, on leur a dit qu’il fallait garder de la "distance").
  • Les exceptions (les professionnels qui ont moins peur) sont de 2 types : ceux qui n’ont pas peur en général, et ceux qui ont dépassé leurs peurs en réfléchissant à leur engagement dans le soin et à leurs relations avec vous.

* Il est éclairant de savoir que la formation des professionnels à la relation est très insuffisante et ne prépare pas les professionnels à savoir ETRE en relation avec les autres, qu’il s’agisse des parents ou de leurs collègues. Ils n’apprennent pas, dans les formations initiales, à travailler en équipe, à rassurer un patient angoissé, à expliquer de façon pédagogique en quoi consiste leur travail, à partager leur savoir… (qu’il s’agisse de médecin, de psychologue, de rééducateur…).

* Les parents ne sont pas là pour comprendre et rassurer les professionnels, mais… les relations sont largement améliorées par la "diplomatie" des parents

Dans les échanges, nous évoquons aussi :

  •  les motivations des professionnels à choisir ces professions de soignants, et à choisir la population de personnes handicapées (de nombreux membres de familles concernées par le handicap deviennent soignants). Ma position est que les fantasmes réparateurs ne sont pas de mauvaises motivations en soi (elles sont même positives puisque très dynamisantes), à condition de ne pas empêcher de voir l’autre tel qu’il est et non pas tel que nous avons besoin de le réparer.

Souvent, les professionnels qui prennent le temps d’y réfléchir trouvent des points communs entre leur histoire et le parcours des personnes dont ils s’occupent (ex : difficultés de communication, séparation, hospitalisation…).

Ils peuvent découvrir une population ou une maladie par hasard, mais ils n’y restent pas vraiment par hasard : il faut se sentir bien à minima sinon ils s’en vont, et c’est souhaitable. Il faut se sentir à l’aise avec une pathologie pour s’occuper tous les jours de patients qui en sont atteints.

  • les critères de sélection des professionnels au cours de leurs études,
  • le fait qu’on ne peut pas s’entendre avec tout le monde, que donc forcément certains parents ne s’entendront pas avec certains professionnels, et vice versa,
  • qu’avec le temps, les parents ont moins besoin de se référer à d’autres. Quand l’enfant est petit, les parents ont besoin de trouver des enfants qui « ressemblent » au leur. Plus l’enfant grandit et plus on comprend ses difficultés, on se rend compte que chaque parcours est unique, chaque vécu d’une parole d’un professionnel est unique. Une même parole sera bien vécue par l’un et mal vécue par l’autre.
  • le moment de l’annonce de la déficience comme un moment traumatisant dans les premières expériences partagées avec les professionnels. Des recherches proposent des préconisations, mais nous constatons qu’il n’y a pas de situation idéale.

Nous n’avons pas le temps d’évoquer le partenariat

(ce que ça signifie, comment ça se construit…)

Bibliographie :

- Actes des Journées Nationales de Parents de l’APF, Bierville (avec Jean-Marie Bouchard)

- Gardou C. (1996-1997) Le handicap en visages, Toulouse, éd. Erès, Tome 4, Professionnels auprès de personnes handicapées

- Collectif (1999) La personne handicapée, sa famille, les professionnels : quel partenariat ?, Actes du colloque APF Formation, Palais de l'Unesco, Paris