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L'après nous Imprimer Envoyer

Grande lignes de l'intervention de Carine Maraquin, psychologue clinicienne, lors de la réunion de parents du 2 février 2008

C’est après vous, quand vous ne serez plus là, après votre disparition, donc votre mort

Pourquoi cette question pour vous ?

  • Parce que votre enfant est "dépendant" de vous, vous vous demandez qui l’aidera à votre place
  • parce que vous n’êtes pas tous sûrs que votre enfant supporte votre disparition

Ex : un lien quotidien vous unit, ou, un jour il vous a dit « si tu meurs je ne le supporterai pas »
Vous n’êtes pas sûr qu’il supporte la séparation, qu’il comprenne ce qu’est la mort (une disparition définitive), vous n’êtes pas sûr que des croyances l’aident à supporter cela (comme c’est peut-être votre cas…)


C’est une question que tous les parents se posent, mais particulièrement ceux qui ont un enfant avec des difficultés particulières qui compliquera sa vie.
C’est une question qu’on aborde pourtant très peu de façon directe.

Pourquoi on en parle si peu ouvertement ?

  • on croit que quoi qu’on dise, il n’y aura pas de solution : la mort c’est inéluctable, supporter la mort aussi, même pour nos enfants, on ne peut protéger personne contre ça,
  • La mort nous renvoie au sentiment d’impuissance

Jankélévitch « seule expérience non partageable »

  • c’est inimaginable
  • c’est tabou, ça fait peur
  • ça renvoie à nos croyances intimes, ce n’est pas toujours facile à partager
  •  sur le plan social, on a écarté la question progressivement et on perd des expériences, rituels, qui nous aidaient à la surmonter
  • ça nous renvoie aux morts que nous avons vécues : la mort de nos propres parents, de proches aimés qui manquent, donc à des affects de tristesse qu’on a peur de réveiller

Pour les parents d’un enfant handicapé, quelles particularités ?

  • Certaines questions sont communes ! : 
  • comment parler de ma mort à mes enfants (j’en parle ou pas, pour dire quoi ?, je prépare ou pas la fin de ma vie ?)
  • à qui je laisse quoi ? (à un enfant plus qu’à un autre ? est-ce de la préférence pour un de mes enfants ?)
  • certaines questions sont spécifiques
  • La plus capitale : Pourra-t-il vivre sans moi ? comment ?
  • La plus concrète : comment lui léguer ce que je possède pour qu’il n’ai pas de souci d’argent dans l’avenir ?
  • C’est une histoire de deuil, de séparation, encore une, vous en avez déjà connu plusieurs, beaucoup, avec le handicap…

Vous séparer alors que le handicap n’a fait que vous rapprocher, vous empêcher de vous séparer… ex : un fantasme : le jour de votre mort il mourra avec vous (parce que le handicap vous a rendus indissociables). Certains parents en viennent à souhaiter que leur enfant disparaisse avant eux pour ne pas avoir à manquer d’eux ni à vivre leur deuil.

Peut-on se préparer ?

  • Oui, à condition d’en avoir envie !
  • vous renseigner concrètement sur les modalités de transmission de ce que vous possédez = vous sentir moins impuissant, choisir, anticiper
  • en parler : vos enfants (tous, même avec un handicap) ont des idées, des croyances, des envies parfois. Mais souvent vous ne le savez pas. En parler en couple (pas facile non plus d’évoquer la disparition de l’autre)

Ex : l’aînée croit que c’est elle qui va prendre votre relais à votre disparition alors que vous ne le souhaitez pas

  • faire un cheminement pour soi même : se préparer à n’être plus indispensable = faire le deuil de votre indispensabilité
  • apprendre à faire confiance à d’autres (des professionnels) qui s’occupent de votre enfant – pas facile…
  • apprendre à votre enfant à s’aimer et à se faire aimer des autres pour que votre amour ne soit pas le seul à exister dans sa vie
  • Ce qui vous en empêche :
  • Tout le monde n’est pas prêt, n’a pas envie, de se pencher sur ces questions, c’est à respecter, chacun son rythme, ses envies, ses besoins…
  • des deuils passés qui vous ont fragilisés
  • votre éducation qui nous interdit de parler de "ça",
  • des croyances, ex : la peur d’attirer le malheur
  • la culpabilité qui vous fait vous rendre indispensable

Conclusion

Un parent est irremplaçable mais ne devrait pas être indispensable.

On peut se préparer à cela.


Bibliographie :
- Actes des Journées Nationales de Parents, 2007, Après nous… ?, Arcachon, CNP, APF, à paraître en 2008
- Bacqué M.-F., Hanus M., 2003, Le Deuil, PUF, Que sais-je ?
- Cornille M.-E., Foriat C., Hanus M., Séjourné C., 2006, Comment surmonter son deuil ?
- Hanus M., Lebovici S., 2006, Les deuils dans la vie : Deuils et séparations chez l'adulte et chez l'enfant
- Hanus M., Guetny J.P., Berchoud J., Satet P., 2007, Le grand livre de la mort à l'usage des vivants
Schützenberger A.A., Bissone Jeufroy E., Sortir du deuil : Surmonter son chagrin et réapprendre à vivre (Poche)
- Hirsch E. (sous la direction de), 2004, Face aux fins de vie et à la mort - Ethique et pratiques professionnelles au coeur du débat, Espace éthique, Vuibert
Ressource Internet :
www.prevention.ch/lepreuvedudeuil.htm