Menu Content/Inhalt
Vie affective de la personne en situation de handicap Imprimer Envoyer

Réunion de parents de Passeraile du  15 décembre 2007

Cette réunion a été animée par Carine Maraquin, psychologue clinicienne, voici sa présentation qui a été suivie d'un échange

EN INTRODUCTION

thème très vaste !!
2 grands axes :

  • développement de la vie affective chez l'enfant

- comment l'enfant se construit sur le plan affectif
            - les grandes étapes du développement affectif
            - ce qui est bouleversé lorsque l'enfant est déficient moteur, déficient mental, polyhandicapé

  • La vie affective des adultes en situation de handicap = vos enfants actuellement

à travers les questions "clés", courantes :
            - peut-on dire qu'ils ont une vie affective ?
si cette question est posée, c'est parce qu'ils n'ont pas forcément d'amis, qu'ils ne savent pas forcément parler de leurs sentiments
=> oui, ils sont aimés et aiment
            - ont-ils/auront-ils une vie sexuelle ?
si cette question est posée, c'est parce qu'ils n'ont pas forcément d'amoureux(se)
=> oui, même si elle n'a pas toujours la forme d'une sexualité "génitale" classique (pénétration)

QUELQUES REPERES

  • une définition de ce qu'on nomme "vie affective"

- sentiments, émotions, sexualité ?
- concept psychanalytique => Libido = ensemble de l'énergie affective
ce qui est investi sur le plan libidinal est appelé "objet d'amour"

  • de grandes étapes de développement parfois bouleversées par le handicap
  • chez le bébé :          

- unité corporelle => l'autre n'existe pas, des pulsions sont satisfaites par l'extérieur
- permanence de l'objet => un autre se constitue à l'extérieur de soi, et existe même quand on ne le voit pas
- ambivalence des sentiments => on peut désirer ou haïr l'autre, cela ne le détruit pas, il revient
- découverte de son corps => sexualité centrée sur soi

  • chez l'enfant :           

- le non, la maîtrise de soi (fécès) => donner, lâcher, prendre, garder...
- le complexe d'Oedipe, la construction d'un surmoi => sexualité tournée vers l'autre, aimer et être aimé, le temps des secrets vis à vis des parents : on ne peut plus tout dire à ses parents

  • chez l'adolescent :

-  le processus d'adolescence => confrontation à la relation à l'autre en tant que personne sexuée capable de procréer
- Conflictualité/parents : enjeux : se construire une identité propre, une pensée autonome, pouvoir s'identifier à eux sans collage...avoir d'autres "objets d'amour", ses relations (groupe bande)...

  • Troubles du développement
  • Dans les cas de déficience mentale : développement retardé ou bloqué à certaines étapes

Pour continuer à évoluer, il faut reprendre le développement là où il s'est "bloqué". Je pense que c'est toujours possible de poursuivre son développement affectif.

  • Dans le cas de la déficience motrice "pure" (= sans déficience mentale) : développement affectif "normal", même si certains aspects sont plus compliqués.

(Les pathologies psychiatriques sont bien sûr des troubles de ce développement affectif.)

  • Des perturbations sont possibles, sans être des troubles graves, autour de :

- la dépendance (comment dire non à quelqu'un dont on a besoin l'instant d'après)
- l'impuissance /la non maîtrise de son corps ou de ses actes => colère, agressivité
- corps vécu comme "objet" de soin... douloureux => déséquilibre dans le sens de ce qui est bon/mauvais, passivité...
- traumatismes corporels des bébés prématurés (lire C. DRUON "A l'écoute du bébé prématuré")
- traumatisme de la séparation d'avec les parents à un moment où l'enfant a besoin de sécurité affective
- difficulté de prise d'autonomie à l'adolescence du fait de la dépendance réelle...
Pour tous ces aspects, lire S. SAUSSE "Le miroir brisé"

  • Chez l'adulte

- Qui appelle-t-on un "adulte" ?
adulte = personne qui a plus de 18 ans (âge de la "majorité", sur un plan administratif, juridique)
Cela ne veut pas dire du tout que la maturité affective correspond à celle d'un adulte.
- Sur le plan affectif, un adulte est une personne qui a quitté le processus d'adolescence et qui peut donc vivre de façon autonome vis à vis de ses parents
Est-ce le cas de votre enfant ?
=> pas forcément.
De nombreux jeunes en situation de handicap ont un développement très hétérogène.
=> c'est difficile à comprendre, difficile à supporter

  • Les impasses
  • associer vie affective et sexualité (au sens de = sexualité génitale, classique pour nous = avec pénétration)
  • vouloir (rêver) que votre enfant devienne un adulte (d'un seul coup, ou parce qu’il a l'âge...). Il faut agir en fonction de ce qu'il a déjà acquis et réagir pour favoriser des acquisitions progressives.
  • ce qu'on peut imaginer, vouloir, défendre
  • qu'ils aient une vie affective !

être important pour quelqu'un, et tenir à des gens
c'est possible et souhaitable

  • qu'ils ont droit à une vie sexuelle (à condition de ne pas plaquer nos représentations de la sexualité)

c'est très difficile à imaginer, particulièrement pour des parents ! Aucun parent n'a à imaginer la sexualité de ses enfants, pourtant vous vous y êtes confrontés du fait de la dépendance que vous connaissez et de la relation déjà très proche que vous avez avec eux
Mais cela suppose : une éducation (comme tous les autres enfants !), une éducation à la contraception. Des éducs et des psy se sont spécialisés dans l'accompagnement des personnes handicapées mentales.
Des progrès énormes sont nécessaires actuellement dans ce domaine.

Concrètement, ça veut dire :
           - ne pas avoir peur que votre enfant plaise, soit amoureux (maquillage des filles, vêtements...)
           -  ne pas vous mêler de toutes ses relations, ne pas tout savoir et même verbaliser que c'est normal qu'il aie des secrets vis à vis de vous

  • Pour vous, c'est une confrontation à des problématiques
  • de deuil

- deuil des petits-enfants que vous n'aurez sans doute pas
- deuil une fois de plus de quelque chose qui lui est impossible (on préfère parfois ne pas se confronter plutôt que de souffrir de voir ce qu'on n'aura pas)

  • de culpabilité : ce que vous avez et que vous pensez qu'il n'a pas
  • de tabou : c'est normalement un sujet qu'on n'aborde pas avec ses enfants adultes
  • de séparation : la réactualisation de séparations qui n'ont pas pu se faire avant